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MESSAGE N°14, le : 04/11/2005

Wagha - Jodhpur... de bon !

Me voici donc en Inde en compagnie de mes chers petits suisses. Nous passons la frontière sans trop de problèmes. Il est tout de même à noter que c’est la première fois du voyage que l’on me fouille totalement : le vélo et les bagages. Cela se passe du côté pakistanais. En Inde, les douaniers sont plus cools… Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’ils voient arriver trois énergumènes à vélo comme nous. Bref, nous sommes en Inde et bien contents !!! Tellement contents que mes deux acolytes s’allument un cigare qu’ils traînent depuis je ne sais où… Séance photo obligatoire pour l’événement

et nous voilà repartis à pédaler en direction d’Amritsar. Nous y sommes en milieu d’après-midi et allons directement visiter le fameux temple d’or.

C’est un peu le CHOC avec deux grands « c » et « h » et « o » au milieu. Bref, ça pète ! Le temple en lui-même se trouve au milieu d’un large bassin d’une eau sacrée et aux vertus théoriquement purificatrices. Le bassin est lui-même entouré d’un bâtiment aussi rectangulaire que lui, tout blanc, avec des arcades. C’est tout simplement magnifique ! Nous prenons notre temps, faisons le tour du bassin, observons les sikhs (c’est un temple sikh. Que dis-je ? C’est LE Temple sikh !) se baigner et se purifier, certains armés de sabres et de poignards. Nous remarquons que les sikhs portent des turbans différemment noués selon leur âge.

 

Avant de passer à autre chose, il me faut vous préciser que ce lieu fut le théâtre d’événements dramatiques en 1984. Des indépendantistes sikhs avaient investi le temple pour mieux faire entendre leurs revendications. Indira Gandhi, alors présidente, envoya l’armée pour les déloger. Le massacre qui s’ensuivit scella aussi son propre destin car, quatre mois plus tard, deux de ses gardes du corps l’assassinaient tranquillement… Il faut dire qu’ils étaient sikhs eux-mêmes, et qu’elle n’avait pas voulu les renvoyer, alors que son entourage le lui conseillait vivement… Ma foi ! 

 

Pour le reste, nous allons dormir en face du temple, dans une espèce d’annexe où les pèlerins sont les bienvenus. On nous donne même une chambre assez pratique pour ranger les vélos. Une fois passé le repas, je me paye une virée sur le Net. Lorsque je retrouve mes deux petits suisses, ils ne sont plus qu’un seul ! Nicolas n’a pas résisté à la cuite qu’ils se sont prise en mon absence et dort du sommeil du juste (juste assez fait pour dormir mais pas trop pour régurgiter son repas végétarien, ville sacrée oblige…). Auparavant, ils sont tous deux tombés du cyclo-rickshaw qui les ramenait au temple… Ils ont aussi lutté pour convaincre les gars du temple de les laisser regagner la chambre malgré leur état d’ébriété, et ce, en évitant de piétiner les innombrables indiens dormant à même le sol. Bref, je retrouve Florian qui a un peu décuvé et qui me reconnaît malgré ma fraîche coupe de cheveux. Ensemble, nous décidons d’aller nous baigner minuitement[i] dans l’eau cradement[ii] sacrée du temple. Elle est chaude et ne sent pas très très bon mais nous survivons à l’expérience et ramenons même une jolie photo de notre petite baignade. 

 

[i]               Minuitement : Adverbe de minuit.

[ii]              Cradement : Adverbe de crade

Le lendemain, nous quittons Amritsar. Je leur propose de nous séparer car je souhaite rallier Delhi assez vite, afin de préparer l’arrivée de Fabien et Sabine, dans une dizaine de jours. Je passe donc ma première journée seul depuis un moment et ça me fait du bien. Je suppose que pour eux ce doit être un peu pareil. Je leur recommande toutefois, avant de les quitter, de bien faire attention, maintenant que je sais de quoi ils sont capables… 

 

A la sortie d’un village, je tombe sur mes premiers singes, des macaques. Petite pause photo, distribution de bananes, vol du reste de mes bananes par ces mêmes singes pendant que je regarde ailleurs, et je repars en direction de Jalandhar. J’y arrive le soir même, de nuit, accompagné par une sympathique indienne en scooter avec ses deux enfants et qui me propose de m’aider à trouver un hôtel en ville. Malheureusement, elle ne connaît que les hôtels chers. J’apprécie tout de même son aide et finis par me trouver un hôtel bon marché dans un quartier assez sordide, comme toujours, près de la gare routière.

Le jour suivant, je repars et ai la jolie surprise de tomber sur mes petits suisses en train de se rafraîchir d’un bon jus d’orange verte le long de la route. Nous sommes bien contents de nous retrouver et décidons de poursuivre ensemble jusqu’au soir, à Ludhiana. Nous y trouvons un hôtel encore très bon marché et nous couchons assez tôt.

Le lendemain, nous repartons de Ludhiana avec en tête l’idée de visiter l’usine des cycles HERO. Car vous ne le savez peut-être pas plus que nous avant de mettre les pieds dans le nord du Punjab indien, mais Ludhiana possède la particularité d’être le siège de l’entreprise de cycles HERO. Et donc, par conséquent, d’être la ville où se trouve la plus grande usine de vélos du monde. J’ai pas dit du Punjab, ou d’Inde, ou même du continent asiatique… Non, non ! Du MONDE que c’est la plus grosse usine de vélos. Du monde, oui monsieur ! Et oui Madame ! Ça vous la coupe, hein ? ! ? 

 

Quoiqu’il en soit, l’usine se trouve sur la route de Delhi à la sortie de Ludhiana et nous nous y rendons en fin de matinée. Nous rencontrons le gars qui s’occupe du département exportation vers l’Europe et il nous confirme qu’il n’y a aucun problème pour visiter l’usine. Il faut dire que nous avons finement joué le coup, si je puis dire, puisque nous nous sommes présentés comme des passionnés de vélo avec pour preuve notre venue jusqu’en Inde depuis l’Europe à Bicyclette.

 

Comme c’est la pause repas, il nous propose de revenir une bonne heure plus tard. Entre temps, je lui ai posé un tas de questions et ai fini par apprendre qu’entre autres ils fournissent aussi Décathlon. Par exemple, le cadre du B’tween (gros succès de l’enseigne, en tout cas à Noël dernier…) sort directement de l’usine de Ludhiana et est expédié vers la France où il est complété par les autres éléments du vélo. Autre exemple,  pour une marque anglaise de vélos pour enfants, ils fabriquent le vélo de A à Z. Je réalise alors que nous touchons pleinement la mondialisation du doigt. 

 

Après un excellent repas dans la cantine des cadres (pas des vélos, des cadres de l’entreprise) la visite commence. Nous sommes impressionnés par les équipements et par le nombre d’ateliers et d’éléments différents qu’il faut prendre en compte dans la création d’un vélo. Nous commençons par l’atelier peinture, puis continuons par les ateliers de soudure. Nous tenons aussi à voir comment ils font pour les roues. Eh bien sachez, jeunes et moins jeunes gens, qu’il s’agit d’une lame de métal d’une dizaine de centimètres de large sortant d’un rouleau de plusieurs dizaines de mètres et qui passe dans une machine qui la plie, puis la replie sur elle-même avant de la courber pour en faire un presque cercle qu’un ouvrier finira par souder et balancer sur un portique juste à côté. Ensuite, d’autres ouvriers insèreront les rayons à raison d’une bonne demi-heure par roue (ce qui représente finalement, une fois mis en perspective, beaucoup moins de temps qu’il ne vous en faut pour lire mes messages…).

 

Bref, nous ressortons de l’usine vraiment heureux d’avoir fait la démarche de la visiter. En plus, l’accueil fut carrément bon. On nous a offert le repas et prêté un gars pendant une bonne heure pour nous montrer l’usine. 

Nous repartons ensuite, nous séparant de nouveau. De mon côté, je pousse jusqu’à Sihind où je compte bien visiter le temple sikh et la mosquée le lendemain. Je dors dans un daba, et me dirige, dès le matin suivant, vers le temple que je visite rapidement. C’est joli et tout blanc. Commencer une journée comme ça fait toujours plaisir.

Je visite ensuite une mosquée soi-disant très importante pour le monde musulman mais suis un peu déçu car elle ne me paraît en rien extraordinaire…

 

Puis, je continue en direction de Chandigarh. En effet, j’ai décidé de faire le détour afin d’aller voir cette ville nouvelle créée par Le Corbusier peu après l’indépendance, au début des années 50. Comme j’ai déjà vu Brasilia et Islamabad, ce sera une bonne occasion de voir un autre exemple de ville planifiée dans un pays en voie de développement. 

 

Par cette belle journée (j’entends par « belle » : ensoleillée. En gros, elles sont toutes belles depuis la Turquie), je pédale tranquillement sur de petites routes avec maintenant régulièrement des singes un peu partout. J’arrive à Chandigarh en milieu d’après-midi. Je me dirige vers l’hôtel le moins cher qu’indique mon guide et y rencontre un français qui me propose de partager sa chambre afin de diviser les coûts… Il faut dire que pas cher à Chandigarh c’est pas pareil que dans le reste du pays. Ici, c’est pas vraiment l’Inde. Les rues sont larges, propres, et on ne voit aucun embouteillage. Les gens semblent même y conduire presque normalement… Vous l’aurez compris, Chandigarh est une ville assez riche. Ceci est en partie dû au statut clairement particulier de la ville.

 

Que je vous explique. Le Punjab, grenier du sous-continent indien, coupé en deux lors de la partition au moment de l’indépendance, en 1947, avait pour capitale Lahore. Or, Lahore s’est retrouvée de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. Il a donc fallu se procurer une nouvelle capitale. Amritsar, ville un peu jumelle de Lahore (à 60 kilomètres seulement) était la candidate naturelle. Mais, elle se situait trop près de la frontière. On décida donc de créer Chandigarh pour être la nouvelle capitale du Punjab indien et l’on en confia la planification à Le Corbusier. Entre-temps, le Punjab indien fut à nouveau amputé d’une grosse partie de lui-même afin de créer le nouvel état de l’Haryana. Et, vous l’aurez deviné : Chandigarh se retrouva (de peu) du côté Haryana et le Punjab, lui, à nouveau sans capitale.  Qu’à cela ne tienne, il fut décidé que Chandigarh serait à la fois la capitale de l’Haryana (jusque-là c’est normal) mais aussi du Punjab ! Conclusion, Chandigarh est la capitale d’un état dans lequel elle ne se trouve même pas. Et c’est bien cette fonction de double capitale dont profite grassement la ville. Etonnant, non ?!? 

 

Mon colloc. d’un soir est lyonnais et étudie l’Architecture en suisse. Il est surpris de rencontrer un non-architecte en ces lieux de pèlerinages architecturaux. Nous nous rendons ensemble vers les bâtiments officiels édifiés par Le Corbusier afin de les visiter. Malheureusement, je n’ai ni l’autorisation de l’office du tourisme, ni mon passeport sur moi et ils ne me laissent pas entrer. Tant pis… J’en profite pour me rendre dans l’autre attraction majeure de Chandigarh : Le Parc Chen So (ou quelque chose comme ça). Il s’agit d’un parc créé à partir des innombrables sculptures réalisées par monsieur Chen So, un ex-employé des ponts et chaussées indiens qui s’est mis en tête, il y a de cela plus de 40 ans, de réutiliser ce que les gens jetaient pour en faire des sculptures. Le résultat est d’autant plus étonnant que le cadre du parc est magnifique. De petites collines artificielles par-ci, des cascades par-là, ou bien encore de mini temples disséminés à droite à gauche. Et puis, bien sûr, les étranges sculptures de Chen So qui peuplent ce parc hallucinant.

Je ressors du parc enchanté d’avoir oublié mon passeport et finalement pu profiter de cet endroit plutôt que des bâtiments officiels…

Une bonne nuit à l’hôtel et me voici reparti en direction de Delhi. En quittant l’hôtel, je croise un allemand dont vous ne devinerez jamais la profession (non ce n’est pas remplisseur de tubes de dentifrices à la main…) : architecte… Les deux touristes que j’ai croisés ici étaient donc architectes… Etrange, non ? ! ? 

 

Et me voici à pédaler sous le soleil indien en direction de Patiala que je souhaite atteindre le soir même. C’est chose faite quelques heures plus tard malgré une nouvelle pause singes… 

Le lendemain matin, je visite le fort de Patiala, de l’extérieur seulement, car il est dans un tel état de délabrement qu’il est interdit d’y pénétrer. En visitant le musée contigu, je réalise à quel point les armes sont les objets les mieux conservés et les plus abondants des musées du sous-continent… Je suis dégoûté de voir toutes ces armes, plus inventives les unes que les autres, qui n’ont toujours qu’un seul but : tuer, transpercer, étriper, faire de la chair à saucisse avec celui d’en face… Quelle tristesse… 

 

Et je repars, toujours vers Delhi que je compte atteindre dans 2 jours. En sortant de Patiala je ressens une absence dans mon dos. Malheur ! J’ai oublié le ballon que je me trimballais depuis la frontière autrichienne. Que de sottises dans un si petit corps… Je bats des records moi...

Après deux jours de vélos sans histoire (dont un petit 130 Kms qui me prouve que je vais de mieux en mieux rapport à ma santé...), je suis à Delhi.

Je me rends à l'hôtel où je dois retrouver mes petits suisses mais impossible de mettre la main sur les zigotos en question. Il faut dire que j'ai un jour de retard par rapport au rendez-vous prévu. Et comme vous savez, les suisses ne rigolent pas quand il s'agit de ponctualité. Je m'aperçois, à la lecture du registre de l'hôtel, qu'ils l'ont quitté 2 heures avant mon arrivée. C'est dommage, mais bon, je les retrouverai le lendemain soir car ils m'ont laissé un message sur Internet. Ce soir, je me désespère en regardant mon équipe favorite se prendre un carton (4-1) absolument non mérité par Chelski... Quelle tristesse, là encore ! 

 

Le jour suivant, je commence à visiter Delhi et me rend jusqu'au fort rouge qui, en plus d'avoir l'air vraiment intéressant, est fermé. Je me console en visitant la plus grande mosquée d'Inde, juste en face. Elle rappelle étrangement celle de Lahore.

Le soir, je retrouve avec grand plaisir mes deux compères helvètes et nous fêtons nos énièmes retrouvailles par une bonne pizza dans la Hutte aux pizzas près de mon hôtel. Nous terminons la soirée à tchatcher sur la terrasse de l’auberge, et ils finissent par squatter une des chambres inoccupées avant de regagner leur propre hôtel (à 12 bornes) au petit matin. Cela me vaudra les reproches nourris des gérants de l'hôtel que je n'hésite pas à renvoyer à leurs propres responsabilités, le tout avec une énergie qui me prouve à nouveau, si besoin en était, que je vais mieux !!! 

 

Les suisses et moi continuons notre découverte de Delhi les deux jours suivants, tranquillement, avec notamment la visite du magnifique mausolée d'Humayun, l'un des quelques empereurs moghols qui ont régné sur l'Inde du Nord entre 16ème et 18ème siècle. Les moghols sont les principaux responsables de l'influence islamique dans le nord du sous-continent indien et le mausolée d'Humayun, tout comme le Taj Mahal (du même architecte je crois) en sont deux exemples frappants.

Enfin, le 5 au matin, mes amis Sabine et Fabien arrivent à Delhi. Je me lève un peu tard en comptant sur l'inévitable retard d'avion dont je suis victime à chaque fois que je vais attendre quelqu'un dans un aéroport... Malheureusement, cette fois-ci l'avion est à l'heure et le débarquement est très rapide. Résultat, nous nous croisons sur le chemin entre l'hôtel et l'aéroport et j'en suis quitte pour un aller-retour pour rien à l’Indira Gandhi International Airport... Quand je reviens à l'hôtel c'est avec une immense joie que je retrouve mes amis qui m'attendent en petit déjeunant... Nous avons plein de choses à nous raconter et sommes vraiment contents de nous retrouver. 

 

Une fois installés, nous allons faire un petit tour. Je leur présente les petits suisses avec qui nous mangeons le soir même. Le lendemain, une fois les vélos achetés (ils vont rouler avec moi !), nous visitons le fort de Delhi ainsi que deux ou trois petits temples.